Les jeunes sont confrontés trop tôt à la pornographie, comment les protéger ?

Source : LCI

PRÉVENIR – Plus un garçon regarde son premier film pornographique jeune, plus il est susceptible de devenir dominateur, selon une récente étude américaine. Or les jeunes Français consultent des sites pornographiques de plus en plus tôt. Comment protéger ses enfants et comment leur en parler ? Deux pédopsychiatres livrent leurs conseils à LCI.

Désormais, il n’y a plus à ruser pour regarder un film pornographique. En deux clics, sur leur téléphone portable ou sur leur ordinateur, les adolescents y ont accès. Or, selon une étude de l’Université du Nebraska, l’âge auquel un garçon regarde une séquence de ce genre pour la première fois, influe sur son comportement avec les femmes. Plus il la visionne tôt, plus il est susceptible d’avoir une attitude sexiste, avec une volonté d’exercer du pouvoir sur l’autre sexe. Tandis que celui qui l’a regardé plus tardivement a tendance à vivre une sexualité plus libérée.

Une étude qui interroge alors qu’en mars dernier, un sondage Ifop révèlait que les adolescents français regardent les films pour adultes de plus en plus jeunes. Parmi les 1005 sondés, 1 sur 3 reconnaît en avoir déjà visionnés entre ses 13 et 15 ans. Un sur 7 en a déjà vus avant ses 12 ans. Et cela alors que la fréquentation des sites pornographiques par les jeunes est bien plus forte qu’auparavant ( 51% des garçons interrogés en ont regardés en 2017, contre 37% en 2013 ; 37% pour les filles contre 18%).

Face à ce phénomène grandissant, deux pédopsychiatres en exercice ont répondu aux questions de LCI.

Quels dangers peuvent représenter ces images pour les enfants ?

« Un enfant de 12 ans ne se fait pas la même représentation de la sexualité qu’un adulte. Le premier danger est donc qu’il confonde ce qu’il voit avec la réalité : qu’un jeune garçon s’imagine qu’il faille dominer une fille dans une relation amoureuse et qu’une fille s’imagine qu’être un objet est normal », détaille le Dr Lionel Convain, pédopsychiatre à l’hôpital Saint-Vincent de Lille. « Certains auteurs-victimes vont même jusqu’à agresser sexuellement des camarades de classe en étant convaincus qu’une relation intime se passe comme dans un film pornographique », alerte encore le Dr Patrick Ayoun, pédopsychiatre et médecin responsable de la filière adolescents à l’hôpital Charles-Perrens à Bordeaux.

« Ces images peuvent aussi angoisser les enfants, voire les traumatiser. Ils peuvent en faire des cauchemars et se sentir très mal par la suite », ajoute le spécialiste. Pour les deux médecins, qui constatent une hausse de la consommation de pornographie dans le cadre de leur profession, les répercussions ne doivent pas être marginalisées.

Y a-t-il un âge minimum pour regarder ce type d’images ?

« Les enfants commencent à s’intéresser à la sexualité vers l’âge de 12-13 ans, au moment de la puberté. Leurs corps commencent doucement à changer, ils sont davantage attirés par l’autre sexe, vivent leurs premiers amours et se posent de nombreuses questions sur la sexualité, détaille le Dr Ayoun. C’est donc le pire moment pour qu’un ado découvre un film pornographique. Ces images vont répondre à ses interrogations de manière aberrante. En revanche, à 15-16 ans, les adolescents se font une idée plus précise des relations intimes, grâce à leurs cours, mais aussi parce qu’ils en ont parlé avec un frère ou une sœur plus âgé. Il n’y a jamais de bon moment, mais il y a un âge où on arrive à mieux distinguer la réalité de ce qui ne l’est pas. »


Comment les parents peuvent-ils aborder le sujet en amont avec leurs enfants ?

« Communiquer est en effet le meilleur moyen de prévenir les risques pour les enfants mais il ne faut pas prendre un ton jugeant ou culpabilisant. L’adolescent doit se sentir libre de s’exprimer mais ce n’est pas la peine non plus d’employer des mots trop crus, comme un copain le ferait. L’idée n’est pas de le déstabiliser », rappelle le Dr Ayoun. Le médecin conseille par exemple de parler d’ »acte sexuel entre deux personnes », tout simplement.

« L’important est de lui demander ce qu’il a ressenti et ce qu’il en a pensé pour pouvoir expliquer en quoi la pornographie est une déformation de la réalité », ajoute-t-il. « Il est important de replacer la sexualité dans les relations humaines, de rappeler que c’est acte où des sentiments entrent en compte et qu’il faut que les deux partenaires soient consentent », conclut le Dr Convain. Une discussion des plus constructives qui pourrait également prévenir de nombreuses dérives. Le contrôle parental peut en effet préserver les adolescents à la maison mais pas forcément lorsqu’ils sont chez des amis.

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