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Alain Giami,
 « La vie sexuelle des amateurs de pornographie », Sexologies – Revue Européenne de Sexologie Médicale, 1997

L’auteur :

Alain Giami, né en 1952, est directeur de recherches à l’INSRM sur le site du Kremlin Bicêtre. Docteur en psychologie de Paris VII et titulaire d’une HDR en sciences sociales, il s’est fait remarqué par ses recherches en cette discipline sur les sujets liés à la sexualité, sous les angles psychologique, sociologique et historique. Il a été consulté à plusieurs reprises par le Comité national d’éthique et la Direction générale de la santé, et a publié de nombreux ouvrages en collaboration et des articles dans différentes revues scientifiques.

Résumé :

A partir d’un sondage significatif (près de 300 sujets interrogés), l’article entend traiter non pas de la pornographie elle-même mais de son impact sur la vie sexuelle des consommateurs, en particulier de percevoir si l’usage de contenus pornographiques opère un phénomène d’imitation (ou « apprentissage ») des consommateurs ou de catharsis (ou « compensation symbolique »).

Les thèmes :

  • VIH – SIDA
  • Catharsis/Imitation
  • Comportements
  • Pratiques sexuelles minoritaires, homosexualité

La tonalité :

Scientifique et dépassionnée.

Avis personnel :

L’étude semblera désuète aujourd’hui puisqu’elle ne traite pas de la pornographie sur internet, qui porte sans doute des effets nouveaux et spécifiques, et lui donne une toute autre ampleur, en particulier quant aux statistiques d’accès à la pornographie. Elle a pourtant le mérité de traiter de manière distanciée, sans parti pris apparent, de ce phénomène. Les résultats en sont nuancés : si d’une part l’étude semble constater une nette corrélation entre une pratique sexuelle plus variée et donc un phénomène d’imitation entre les images vues et la sexualité exercée – à peu d’exceptions près – il n’est pas évident de conclure que le processus inverse n’est pas à l’œuvre : les consommateurs de pornographie de recrutant davantage chez les personnes ayant de telles fantasmes ou activités sexuelles…

 Citations:

« Les lecteurs de magazines pornographiques ont déclaré une activité sexuelle plus fréquente et plus diversifiée que la moyenne des hommes. Les lecteurs déclarent se masturber plus souvent que les autres hommes; ils réalisent plus souvent que les autres hommes des pratiques manuelles, buccales et anales ainsi que des pratiques considérées comme passives. Ils déclarent avoir eu une expérience homosexuelle au cours de leur vie, deux fois plus souvent que les autres hommes. Ils sont beaucoup plus nombreux à déclarer des pratiques sexuelles en groupe. Les lecteurs de journaux pornographiques sont plus souvent multipartenaires et ont déclaré des nombres de partenaires sexuels plus élevés que les autres hommes.
Les lecteurs affirment avoir des fantasmes plus nombreux, plus variés et portant sur des pratiques, des situations, des sentiments ou des partenaires qui sortent de leur vie quotidienne et qui témoignent d’une capacité imaginative plus grande. Ils ont exprimé des attitudes et des normes contradictoires à propos des relations entre partenaires sexuels – la fidélité, l’amour, le lien entre la sexualité et l’amour, notamment. Ils ont déclaré avoir plus de besoins sexuels et parvenir à l’orgasme plus souvent que les autres hommes; mais ils sont, en même temps plus nombreux que les autres hommes à se déclarer insatisfaits de leur vie sexuelle actuelle.
Les lecteurs âgés de plus de quarante ans présentent les écarts les plus élevés par rapport à l’ensemble des hommes de la même tranche d’âge. La consommation de matériel pornographique apparaît, chez ces hommes, corrélée à une activité sexuelle plus fréquente et plus diversifiée malgré l’effet de l’âge qui atteint les autres hommes pris dans leur ensemble. C’est chez les hommes de cette tranche d’âge que la consommation de matériel pornographique apparaît la plus intégrée dans une culture sexuelle diversifiée qui intègre l’érotisme et la pornographie dans l’expérience effective de la sexualité et qui viendrait renforcer un imaginaire sous-tendu par le sentiment d’avoir des « besoins sexuels » plus élevés.
Les lecteurs âgés de 26 à 39 ans présentent des aspects contradictoires. Ils se déclarent un peu plus nombreux que l’ensemble des hommes à ne pas avoir eu de rapport sexuel ni de partenaire sexuel au cours de la dernière année. Ils pratiquent la masturbation beaucoup plus fréquemment que les hommes de leur tranche d’âge et plus fréquemment que les autres lecteurs de magazines pornographiques. Ils sont, en même temps plus nombreux à déclarer avoir eu plusieurs partenaires au cours de la même période et réalisent plus souvent que les autres hommes des pratiques sexuelles non-génitales. On peut faire l’hypothèse qu’une fraction des lecteurs de cette tranche d’âge utilise la pornographie comme un substitut à une activité sexuelle partenariale diversifiée et comme un support à une activité masturbatoire intense.

Au delà de ces différences, la consommation fréquente de magazines pornographiques apparaît globalement positivement corrélée avec des fréquences plus élevées de masturbation, d’activité sexuelle partenariale et de diversité des pratiques sexuelles réalisées avec ces partenaires. Ces résultats sont confirmés par l’enquête nationale américaine qui a mis en évidence que, chez les adultes, la masturbation était une pratique complémentaire et non pas substitutive à une activité sexuelle partenariale (Laumann, Gagnon, Michael, 1994). La consommation fréquente de magazines pornographiques semble donc participer d’un répertoire élargi et diversifié de pratiques sexuelles. » (pp.13-14)

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