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Jean-Paul Brighelli, La société pornographique, 2012

Résumé

L’essai veut démontrer que la pornographie est le paroxysme de la société de consommation capitaliste, qu’elle exauce tout ses vœux de marchandisation de l’homme et d’asservissement du consommateur. Il regrette l’ère bienheureuse de l’érotisme, qui est devenu une sorte d’élégance aristocratique. En passant il reconnaît toutefois ses propres excès dans la « révolution sexuelle » de 1968, qui préparait résolument l’ère pornographique, comme obligation de jouir. Seul l’érotisme serait une heureuse ligne de crête entre l’odieuse interdiction de jouir judéo-chrétienne, et la désastreuse obligation de jouir aujourd’hui prescrite. Au passage, l’auteur dresse une liste efficace des causes de la pornographie, et de ses conséquences (1ère partie).

Avis DésintoX

Un livre vraiment utile parce qu’il démontre l’indignation de personnes issues du libertinage et de l’érotisme contre le phénomène pornographique – c’est l’originalité de l’essai. Un essai souvent convaincant et bien étayé (les notes de bas de pages donnent une précieuse biblio et des statistiques qui disent leurs sources).
Intérêt aussi de lire une prise de position qui ne prétend pas exclusivement à la défense du public jeune : la dénonciation porte sur le mécanisme industriel du X comme tel, volontairement addictif, et dévoile aussi l’aspect indigne, déshumanisant de ces produits. En libertin, l’auteur a consulté de très nombreuses vidéos, qu’il décrit parfois crument (souvent pour démontrer qu’elles sont une offense à l’esprit et une dégradation de la personne).

Extrait

« … j’entends par libéralisme cette doctrine économique qui a fait du profit à tout prix son credo et son confiteor, celui des traders de Wall Street et d’ailleurs, celui des banques et des fonds de pension, souverains ou privés, celui qui fait de l’argent avec de l’argent, au mépris des hommes, au mépris même de leurs productions. Et qui a naturellement trouvé dans la pornographie, comme nous allons le voir, son terrain d’exercice favori, jeu et profit, économie libidinale de l’apparence qui rapporte et du mépris des corps, économie à la chaîne comme il y a des amour-kleenex, acculturée, sans mémoire et sans avenir autre que celui du gouffre insatiable, de la pompe à phynances, de la gloutonnerie généralisée. Inutile de parler de néo-libéralisme, ou d’ultralibéralisme : tout était en germe chez Adam Smith – et avant. Un soupçon de morale gênait encore aux coudes. On s’en est débarrassé – c’est ce jour-là que le système entier est devenu l’une de ces machines à fabriquer du désir et à l’assouvir – machine idéale pour colonie pénitentiaire new age, et carcan pour la planète.
L’erreur première serait de penser que le déferlement actuel de pornographie est le signe de la victoire finale du camp du Bien (la révolution) contre la Mal (la pudibonderie). Nous l’avons tant aimée, notre libération sexuelle – mais le jeu est fini, bien fini : la pornographie, c’est Thermidor descendant sur la Révolution. Fin de partie.
La recours à la pornographie pour sauver le capitalisme n’est pas un idée neuve en Europe. Le règne de la pin-up, commencé aux Etats-Unis lors de la crise de 1929 (et ce n’est pas un hasard) avait été le révélateur de la transformation d’un capitalisme qui prétendait vendre des objets en un libéralisme qui satisfait des pulsions. (…) La vraie mutation, c’est la pornographie, c’est à dire la récupération affichée (c’est le cas de le dire), par des intérêts économiques, de la libido elle-même. Pour éviter les aléas liés à la circulation de marchandises, le système a eu l’idée d’en vendre seulement l’image – et de modifier en profondeur le désir afin qu’il se contente de ces images, et accepte d’en payer le prix exorbitant. Coup double : on vend du virtuel, du vent, et l’on transforme l’acheteur pour qu’il s’en contente. » p. 13

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