Raffaëla Anderson, HARD, 2001

Résumé

Le récit, autobiographique, commence par l’entrée de Raffaëlla dans la carrière pornographique. Elle répond à une annonce trouvée dans un journal pour tourner dans un film et découvre lors de l’entretien qu’il s’agit de films X. Besoin d’argent, elle surmonte son malaise (elle est encore vierge) et consent à ce qui lui est demandée. C’est une jeune femme très seule, en rupture avec une famille dans laquelle elle a subi des violences. Bientôt, on lit entre les lignes que c’est plus encore un besoin de reconnaissance qui la décide à accepter ses différents tournages : envie de plaire, de (se) prouver qu’elle peut réussir, et aussi de plaire à un producteur dont elle est admirative, et platoniquement amoureuse. Le récit est très cru, les scènes de porno sont décrites sans aucun détour, elle dit ses inquiétudes, et aussi la part de jouissance qu’elle y trouve.

Au fil des pages, elle dévoile un univers cruel, où l’inhumanité est fréquente, tant chez les producteurs (seul le film compte, tant pis si les actrices souffrent ou se mettent en grave danger) que chez les acteurs (pas de respect pour la partenaire). Elle décrit des scènes qui confinent à la torture physique, le stress du SIDA constamment à l’horizon. Rafaëlla se décrit comme un tempérament fort, qui sait ce qu’elle veut et qui fait exception en refusant des rôles ou des prestations que d’autres se croient obligées d’accepter. Rafaëlla revient souvent sur ses principes, sur ce qui fait sa dignité, elle épie la moindre attitude de respect chez acteurs, réalisateurs ou producteurs, qui lui permettent de regarder ce « métier » comme finalement suffisamment digne.

Au fil des années, elle cède à l’alcool et ne tourne plus certaine scènes sans être alcoolisée. Elle multiplie les relations féminines, et l’on devine que la violence subie par les hommes, même « professionnellement » la jette plus volontiers dans les bras de femmes où elle cherche respect et tendresse.

Récit terrible d’un viol subi lorsqu’elle est reconnue comme actrice par deux types dans la rue, et de la douleur de ne pas voir la justice française prendre suffisamment au sérieux sa plainte et sa douleur si vives. Elle écrit qu’elle ne se remettra jamais de ce crime.

Avis DésintoX

Le récit, qui n’est pas “tout public”, loin s’en faut, est toutefois poignant tant le lecteur est invité à s’associer à la lutte que se livre en cette jeune femme d’un côté la conscience de sa dignité de femme et d’un autre la réalité violente du milieu pornographique.

Le livre, annoncé comme la levée d’un tabou concernant le porno et un revirement catégorique de l’auteure, décoit un peu pourtant : la fin du récit ne contient pas de rejet massif de cette industrie, mais semble presque conclure que le porno ne blesse que lorsqu’il est mal fait, et pourrait ici ou là se dérouler de manière humaine et respectueuse. Le lecteur assiste au va et vient de l’auteure entre une réalité qu’elle déteste et qu’elle ne veut pas maudire pour autant, car elle y a cherché une planche de salut.

Le récit a le mérite de décrire la brutalité de ce milieu et de ses protagonistes, même pour une actrice qui y est venue et restée librement. Le drame des filles des pays de l’Est y est dénoncé sans ménagement, ainsi que la perversité de bien des producteurs qui exigent un droit de “consommation” sur les actrices qu’ils sélectionnent à leur bon plaisir. La surenchère morbide des pratiques promues par l’industrie pornographique, effrayante, y est mise aussi en lumière.

Ce témoignage ne se livre à aucune analyse approfondie, se contentant de rapporter des situations, des sentiments, des descriptions, sans vraiment apercevoir les causes des maux dénoncés.

L’itinéraire de Raffaëla met en lumière le processus de déshumanisation de la pornographie, ou chacun chosifie l’autre pour lui faire subir le pire, et finit par se déshumaniser tout à fait pour tenir le coup.

Extrait

«  Elle est belle et gentille. Le boss dit qu’il va me faire un cadeau : je tournerai avec elle, je prendrai le gode et ce sera moi l’homme de l’histoire. Je suis super contente. Je vais pouvoir lui faire subir les mêmes choses que moi j’ai subies. Je vais me coucher le sourire aux lèvres. (…) Les gens se lèvent petit à petit, j’attends impatiemment que tous soient prêts pour ma scène. On me demande, je prends la précaution d’aller voir Michèle munie de mon super-engin pour bien lui montrer que ce matin, c’est moi qui mène la danse. Elle est étonnée, elle ne sait pas si elle doit accepter ou refuser. Pour moi elle n’est plus une femme mais un objet de convoitise et je lui dis : « t’as pas le choix, ma vieille, tu vas y avoir droit. » Je sors de la pièce encore plus heureuse que lorsque j’y suis rentrée. On nous attend pour le tournage. » (pp. 67-68)

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