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Ruwen Ogien, Penser la pornographie, 2003

Résumé

Cette étude veut préciser les contours du phénomène pornographique, pour mieux éclaircir ce qu’il désigne. Il présente les différents arguments en faveur de la pornographie, de son interdiction ou de son encadrement légal. Bien qu’il s’en défende en quatrième de couverture, l’ouvrage est très clairement un plaidoyer pour la liberté de production et de diffusion de la pornographie. Il entend appuyer son argumentation sur les « pièces à conviction » de l’histoire de la répression de la pornographie, à savoir les grands procès américains et l’évolution de la législation française et américaine, mais encore différentes approches expérimentales. 

Avis DésintoX

Un livre tout à fait décisif, car il présente de manière organisée les arguments de ceux qui sont ici dénoncés comme « pornophobes » mais aussi et surtout ceux des « pornophiles ». Selon nous un des ouvrages à lire en toute priorité. L’ouvrage est une mine pour sa rigueur universitaire (mais non son impartialité), sa bibliographie philosophique, sa rétrospective historique des avancées et reculs de l’industrie pornographique. L’auteur est en outre une figure reconnue et médiatique. Il est significatif qu’Ogien, qui est un ultra-libertaire, s’empare de la question du X comme d’un point stratégique, une place forte à protéger, un symbole. Sans doute parce que sur ce sujet se manifeste à son comble l’aboutissement suicidaire de cette pensée. La pornographie y est sans cesse aussi perçue comme acte individuel par excellence, dont il nie les conséquences proprement sociales pour pouvoir, en bonne « éthique minimale », en écarter toute prohibition. Très intéressant aussi de noter le constat récurrent (et larmoyant !) du recul des libertés accordées aux pornographes, et que le vent semble n’être favorable qu’aux tristes opposants à l’industrie pornographique…

Extrait

« Du point de vue de l’éthique minimale, le problème de la pornographie est donc finalement très simple : la diffusion des formes les plus significatives de pornographie nuit-elle gravement à autrui ou porte-t-elle atteinte à certains droits fondamentaux ? Ceux qui critiquent la pornographie au nom du juste (ou de ce que j’appelle l’éthique minimale) et pas au nom du bien estiment que la pornographie atteint des droits fondamentaux (à la liberté d’expression, à l’égale protection des lois) et cause des dommages objectifs et évidents aux femmes et aux plus jeunes (viols, violences, traumatismes psychiques). Ils estiment, en conséquence, que des mesures d’intervention des pouvoirs publics pour interdire la diffusion de certaines formes de pornographie dans certaines conditions seraient justifiées par l’éthique minimale. Je ne suis pas d’accord. » (p. 75)

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